Parcours de vie et traditions : comment associer le poids des origines sur les choix de vie ?

Bussigny, le 22 avril 2020

Cet article s’inspire de la table ronde organisée par l’AEAUL (association des étudiants albanais de l’université de Lausanne) le 17 avril 2020 par visioconférence en raison de la pandémie du Covid-19. Cette première table ronde du semestre de printemps 2020 était uniquement réservée aux membres de l’association. La thématique choisie par le comité de l’AEAUL est : « Parcours de vie et tradition : comment associer le poids des origines et les  choix de vie ? ». Le sujet est intéressant pour nous, étudiants et étudiantes, qui sommes d’origine albanaise et, pour la plupart, issus de la migration de la fin des années 1990. Au niveau sociologique, on remarque que les choix que nous faisons dans notre vie, sont influencés par nos origines et notre passé. Durant ce débat, cette question a été traitée, tout d’abord, dans un aspect plutôt général, ensuite au niveau du choix de faire des études et finalement à propos du mariage.


La première question posée durant cette table ronde est : « Quel est le poids de nos origines

albanaises et nos traditions sur les décisions importantes de notre vie ? »

Selon certains intervenants du débat, nos origines albanaises et nos traditions ont clairement une influence sur les décisions de notre vie. Pour la plupart, nos parents ont grandi dans un pays ou une région albanophone (Albanie, Kosovo, Macédoine, etc.). Nous (les enfants) avons grandi ou avons passé une partie de notre jeunesse en Suisse. Nous avons donc reçu leur éducation (celle de nos parents) mais nous avons quand même, qu’on le veuille ou pas, baigné dans la culture suisse depuis notre arrivée dans ce pays ou depuis notre naissance si nous sommes nés en Suisse. Nous sommes à cheval entre ces deux pays et ces deux cultures. Donc il y a, d’une manière ou d’une autre, une influence albanaise sur les décisions de notre vie. Durant le débat, une personne affirmait que nous, enfants de parents immigrés albanais, voyons nos parents comme des exemples et des héros sachant qu’ils ont vécu beaucoup de choses difficiles durant leur vie et qu’ils ont quand même eu de la réussite dans leur vie. Souvent, on aura tendance à prendre les mêmes décisions que nos parents car ils sont des modèles de réussite. C’est par ce procédé que nos choix de vie sont influencés par la culture albanaise. Un autre intervenant a dit que les Albanais, de manière générale, ont beaucoup souffert et ont connu beaucoup d’obstacles dans leur vie, notamment à cause des problèmes géopolitiques des Balkans. Par ce fait, selon cet intervenant, nous avons été éduqué d’une manière où l’on affronte les problèmes d’une façon différente qu’une personne d’une autre origine ayant eu potentiellement moins de problèmes dans le passé. Ce dernier disait que les albanais travaillent sur leurs buts de manière plus assidue et laissent leurs plaisirs plus facilement de côté pour affronter un problème ou un obstacle. Grâce à leur passé douloureux, les Albanais ont une force de détermination et de travail bien développée. 


Lorsqu’on lit de plus près cette première question, il est intéressant de s’attarder quelque peu sur le mot « poids ». Ce mot, employé par le groupe de travail qui a organisé la table ronde, peut, à première vue, être interprété avec une connotation négative. Certes, je pense que dans certains cas, notre origine albanaise peut nous porter préjudice dans nos choix de vie car il y a tout de même une petite part de racisme en Suisse. En se sentant menacé, parfois on ne fait pas les bons choix. Mais, selon moi, nos racines albanaises doivent être et sont une force dans notre quotidien et dans nos choix de vie. Comme je l’ai dit auparavant, nous avons baigné entre la culture albano-suisse et cette mixité culturelle est une force car nous avons plus de recul sur certaines choses comparé à une personne qui a entièrement grandit dans une seule culture. 



5 joueurs d’origine albanaise ayant choisi de jouer pour l’équipe nationale suisse de football 

Tiré de: https://www.albinfo.ch/fr/les-noms-tres-images-des-footballeurs-albanais-de-lequipe-suisse/, consulté le 03 mai 2020

 

La deuxième question posée à cette table ronde est : « Est-ce que le fait d’être fils d’immigré

ou même immigré est un facteur qui a influencé notre entrée à l’université ? »

Dans le contexte du vingtième siècle, dans la région des Balkans, tous les Albanais et Albanaises n’avaient pas le droit de faire des études malgré l’ouverture de l’Université de Prishtina en 1969. L’opportunité de faire des études était une chance et le fait d’étudier, chez les Albanais, est un signe de réussite dans la vie. Nos parents nous ont éduqué de sorte à faire des études pour réussir dans la vie. Par exemple, choisir de faire un apprentissage n’est pas un bon choix et, globalement, cela est mal vu au sein de notre famille. En Suisse, nous avons le choix et la chance de pouvoir étudier donc il faut saisir cette opportunité. Selon nos parents, c’est ce parcours de vie qui nous garantit à 100% une sécurité financière et sociale dans le futur et il serait absurde de ne pas faire des études sachant que nous en avons le choix. Comme je l’ai dit précédemment, nos parents ont eu beaucoup de difficultés dans leur vie, notamment lorsqu’ils sont venus en Suisse, et c’est pour cette raison aussi qu’ils nous ont dit, depuis notre plus jeune âge, qu’il faut finir ses études et ensuite entrer dans le monde du travail afin de se garantir une vie reposante et confortable. Une intervenante a aussi dit que, lorsque l’on est fille ou fils d’immigré, le fait de voir d’autres personnes réussir dans leur vie en faisant des études, touche notre égo et nous motive encore plus à suivre ce parcours.  Selon la majorité des intervenants de la table ronde, ce sont par ces différentes manières que, le fait d’être fille ou fils d’immigré et d’être d’origine albanaise, nous a poussé à faire des études. 


Pour d’autres, une minorité de gens à cette table ronde, le choix de faire des études n’a pas forcément de lien avec notre culture albanaise et le fait d’être enfant d’immigré. C’est un choix purement personnel et cela n’a pas été influencé par notre éducation et notre origine albanaise. On choisit d’étudier car nous sommes passionnés par un domaine et nous aimons le style de vie (« lifesytle ») qu’engendre la vie estudiantine. Ensuite, le fait de faire des études nous permet d’avoir une vision d’esprit plus ouverte et d’avoir plus facilement l’opportunité de découvrir des personnes d’horizons multiples et divers. 



Pour finir, les membres présents ont discuté de la question du mariage : « Quel est le poids

de nos origines et nos traditions albanaises sur la question du mariage ? » et « Comment nos

traditions albanaises influencent notre vision du mariage pour nous qui vivons en Suisse ? ».

Le mariage est un moment important dans la vie de chacun. Dans la culture albanaise, dans l’idéal, il faut se marier avec un albanais ou une Albanaise. Malgré le fait que nous vivions en Suisse, ne pas se marier avec un/une Albanais(e) va être mal vu au sein de notre famille et ce choix va être énormément jugé. Une intervenante disait qu’il y a clairement une pression et une influence du côté des traditions albanaises. Cette dernière disait que c’est presque indiscutable de se marier avec un Albanais car, dans le cas contraire, il y aurait des problèmes avec sa famille. Il y a aussi le risque de se faire déshériter par sa propre famille dans le cas où on ne se marie pas avec une personne de la même origine. C’est un choix personnel qui est lourd à porter mais il est important de l’assumer. 


Selon moi, personne ne doit nous imposer la nationalité et/ou la religion de notre conjoint. Le choix du mariage est une décision strictement personnelle et il faut l’assumer. Certes, nos parents ont grandi dans un contexte différent du nôtre mais ils ne peuvent rien nous imposer à ce niveau.  Il ne faut jamais oublier que nous avons grandi dans un autre contexte et à cheval entre deux cultures. Le plus important lorsqu’on se marie est le bonheur. Il vaut mieux se marier avec une personne non-albanophone et être heureux plutôt que se marier à tout prix avec une personne albanophone et être malheureux. Je peux vous garantir que beaucoup de personnes forcent leur destin pour se marier avec une personne ayant la même nationalité mais ne pensent pas à leur bonheur en priorité et je trouve cela triste. Je pense sincèrement que se marier avec une personne autre que albanaise ne signifie pas que tu renonces à tes origines, ta culture et tes traditions. Si tu es réellement attaché à ces valeurs, tu vas naturellement et automatiquement les transmettre à tes enfants. Il est important de comprendre que, dans le contexte dans lequel nous vivons, le mariage est un choix personnel et il n’y a pas de loi universelle à cela. Nous sommes libres de faire ce que bon nous semble. 


Pour conclure, notre origine et notre culture ont, qu’on le veuille ou pas, une influence sur nos décisions de notre vie. Cette influence, quantitativement et qualitativement parlant, est plus ou moins grande selon les personnes. Il ne faut pas oublier le contexte dans lequel nous avons grandi pour la plupart : nous avons grandi en Suisse et nous sommes d’origine albanaise. Nous sommes entre deux cultures et parfois, nous faisons des choix qui sont contraires à notre culture. Certains peuvent penser que nous renions nos origines en faisant des choix allant à l’encontre de la culture de nos parents mais ce n’est pas le cas. Il faut prendre cette double culture et cette double identité comme une force. Il faut se nourrir de ces deux vecteurs afin de faire les meilleurs choix et optimiser son bonheur. 


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